Les CRUs – un réseau qui fait la force de la francophonie

La francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous.

/Gilles Vigneault/

La francophonie, visage géopolitique de la langue française, représente une communauté indissoluble et solidaire reliant des gens du monde entier, de différents âges et intérêts, de différents pays. C’est un noyau spirituel, culturel, scientifique, voire économique très important à l’échelle mondiale, une forte réalité touchant aux confins de tous les continents.

Apprendre les langues est un avantage pour les jeunes, de tant plus que cela développe la gymnastique intellectuelle. Apprendre et parler le français c’est un prestige. Un prestige qui remonte dans l’histoire, dans la littérature, dans le théâtre, dans la culture. Un prestige qui a apporté bien des qualificatifs à cette riche et belle langue: «langue de l’élite», «langue confessionnelle», «langue de goût», «langue de la résistance», «langue de l’amour», «langue la plus sexy» etc.

Le français a laissé et laisse encore sa marque à travers le monde, dans des domaines variés. Cette marque est inlassablement promue par l’une des plus grandes associations internationales dont la vocation s’alimente de l’échange et de la circulation du savoir, de la solidarité, de l’humanisme et de tout ce que véhiculent la langue française et la francophonie. Il s’agit de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) qui regroupe des universités, grandes écoles, réseaux universitaires et centres de recherche scientifique ayant en partage le français. Avec un réseau de 821 adhérents dans 106 pays, à travers ses implantations (bureaux régionaux, antennes, campus numériques francophones, instituts etc.), elle est l’opérateur primordial de la Francophonie institutionnelle. En Europe centrale et orientale (ECO) l’AUF est représentée par le BECO, installé à Bucarest depuis 1994. Le bureau compte actuellement 7 implantations et touche 93 établissements universitaires de la région. L’Antenne de Chișinău, présente en République de Moldavie depuis 1997, hébergée à présent par l’Université Libre Internationale de Moldavie (ULIM), a réussi à mettre en place plusieurs projets importants. A noter la création de 6 filières francophones, dont l’une à l’ULIM en gestion et administration des entreprises, le projet des classes bilingues au niveau pré-universitaire, la formation des enseignants et d’autres. En coordination avec le BECO et tout en s’appuyant sur les grands axes définis dans le cadre de la programmation quadriennale de l’AUF, l’Antenne de Chișinău demeure le principal bastion de la francophonie toujours très vivante en République de Moldavie.

L’AUF offre de nombreux programmes de coopération soutenant la recherche et la formation en français, mais aussi des bourses de stages professionnels à l’international. Elle encourage la mise en réseau des personnalités de tous horizons et met à la disposition des étudiants, professeurs et chercheurs un programme de mobilité très attractif (2 000 bourses en moyenne par an). C’est également un promoteur ardent des valeurs humaines telles que la tolérance, la paix, le respect de l’identité nationale, la diversité linguistique et la pérennité des traditions sur toute la planète. C’est un exemple unique de valorisation de l’hétérogénéité des cultures des pays où le français est devenu «langue du cœur».

Face aux défis de l’anglicisation, une action d’envergure et de longue haleine s’impose pour sensibiliser le grand public à la dimension mondiale de la langue française, aux réalités et enjeux de la Francophonie, à l’espoir qu’elle nourrit, à la coopération et à la solidarité privilégiées entre ses membres.

Parmi les projets régionaux phare il est à mentionner l’inauguration des centres de réussite universitaire (CRU) dans les établissements d’enseignement supérieur d’Europe centrale et orientale, membre de l’AUF. Le nombre des CRUs s’élève à 44.

Un CRU a comme objectif spécifique la mise en place dans l’université bénéficiaire d’espaces didactiques convenablement aménagés, dotés de ressources pédagogiques et d’équipement technique dernier cri, afin de moderniser les enseignements, d’accroître l’attractivité de l’offre universitaire francophone, d’augmenter la visibilité des actions francophones locales et de fortifier la collaboration au niveau régional.

Durant la première phase du projet, dite d’implantation, chaque université bénéficiaire affecte une salle pouvant héberger au moins 10 ordinateurs et un espace de lecture, et désigne deux enseignants francophones en tant que responsables. En plus, elle assure l’installation des équipements et la maintenance technique du centre. Le BECO participe à l’aménagement de la salle en assurant des dotations techniques et documentaires. Il assure la formation des responsables à l’exploitation et à la gestion de ces espaces, par l’organisation des écoles d’été, ateliers, séminaires etc.

Durant la deuxième phase, dite d’exploitation, le BECO anime le réseau en créant des conditions favorables aux échanges et propose des activités-types à organiser. Il dote annuellement les centres de ressources didactiques classiques et innovantes et organise annuellement des sessions de formation continue des animateurs à travers des regroupements ou des missions de perfectionnement.

Le CRU de l’ULIM a été inauguré le 29 avril 2013 et compte parmi les centres les plus dynamiques. Avec son inauguration, l’intérêt pour la langue et la culture de Voltaire a bien évolué, l’intensité de la vie universitaire francophone a sensiblement augmenté et jouit d’une très forte popularité auprès des jeunes.

Les objectifs principaux du projet CRU:

  • créer des conditions optimales pour le déroulement des activités curriculaires et extracurriculaires, des actions de recherche de haut niveau et stimuler le potentiel créatif du corps enseignant;
  • valoriser le capital humain en éducation afin d’améliorer la qualité du management universitaire par la mise en œuvre des ressources TICs;
  • augmenter l’intérêt des candidats pour s’inscrire aux spécialités dispensées en langue française;
  • attirer les étudiants en licence, master et doctorat dans des programmes performants de mobilité et de recherche.

Le projet en soi crée des conditions de travail stimulatrices dans les domaines de la didactique et de la recherche universitaire.

Le public cible vers lequel le CRU oriente ses actions est composé d’enseignants, chercheurs, étudiants, diplômés, lycéens, employeurs et entrepreneurs (voir le schéma ci-dessous).

Par les démarches menées auprès du BECO, le CRU de l’ULIM met à la disposition:

des enseignants:

  • des outils pour concevoir et développer des cours innovants, motivants et actualisés (par ex. manuels, supports didactiques, livres numériques et numérisés, dictionnaires électroniques, une méthodologie moderne d’enseignement/apprentissage;
  • des dispositifs destinés à animer les classes de FLE mais également toute sorte de cours magistraux, le centre étant équipé de technique ultramoderne (12 ordinateurs de bureaux performants connectés à Internet et Intranet, 4 ordinateurs portables avec connexion wi-fi, système de visioconférences, tableau blanc interactif (TBI), vidéoprojecteur, liseuses, imprimante multifonction, casques-micros, accessoires USB etc.);
  • un espace de formation continue;
  • un espace d’échange d’idées et expériences entre les professeurs francophones du réseau régional.

des chercheurs :

  • la possibilité d’organiser et de participer à des événements scientifiques nationaux et internationaux, en présentiel ou par visioconférence;
  • l’organisation et la participation aux conférences par Skype;
  • l’opportunité d’échanger les résultats de leurs recherches avec la communauté francophone du monde entier;
  • l’accès aux bases de données scientifiques très importantes;
  • l’implication des thésards dans des projets de recherches;
  • la promotion d’une francophonie participative par le prisme de différents moyens de communication (pages web, plateformes en ligne, communication sociale, manifestations culturelles et scientifiques, publications, etc.) et par l’interaction, aux niveaux local et régional, avec les parties intéressées et les médias.

des étudiants :

  • une salle de libre accès aux diverses ressources en langue française (livres, revues, bases documentaires, matériaux audio et vidéo, DVD etc.);
  • un espace excellent d’autoformation;
  • des informations sur l’obtention des bourses d’études, la mobilité académique, les stages professionnels dans des sociétés à capital français/francophone installées en pays ou à l’étranger, financés par l’AUF;
  • la possibilité d’interagir avec d’autres jeunes francophones de l’Europe centrale et orientale.

Les activités du CRU sont structurées autour de 5 cafés (voir le schéma ci-dessous).

Le Café pédagogique comprend un cycle de formations et ateliers destinés aux jeunes professeurs aussi bien qu’aux étudiants futurs enseignants de FLE. L’objectif du café est d’offrir le maximum d’information sur les nouvelles tendances dans l’éducation et la vie universitaire, les actualités des TICs et les initiatives des milliers de didacticiens francophones. Les enseignants de français créent chaque jour des documents pédagogiques, des projets didactiques et proposent des outils nouveaux pour faire progresser leurs étudiants. Le Café pédagogique aide à rendre les meilleures de ces initiatives visibles et à encourager l’interactivité prof-étudiant pour mettre en place une pédagogie collaborative et actionnelle.

Dans un souci de donner du sens à l’enseignement/l’apprentissage, mais également pour soutenir les enseignants, le Café pédagogique organise chaque année, en collaboration avec le Département de philologie romane et avec le support de l’Antenne, un événement appelé «Tradition et concepts ultramodernes en didactiques de langues romanes», déroulé dans le cadre du Séminaire méthodologique «L’Interconnexion des paradigmes didactiques et méthodologiques dans l’enseignement des langues étrangères».

Le Café scientifique a pour but d’assurer une médiation et un dialogue entre des universitaires et des scientifiques experts sur des sujets précis du domaine de la science et son évolution en diachronie ou synchronie. Les séances sont conçues comme des rencontres, débats, tables rondes, ateliers, mini-conférences prenant place à intervalles réguliers tout au long de l’année et consacrée à un thème de recherche actuel qui varie d’une fois à l’autre. Certaines actions sont réalisées par visioconférence, ce qui permet de combler la distance entre les participants en les mettant face-à-face de façon virtuelle.

Dans les années récentes, les usages de la visioconférence ont connu un développement fulminant à la fois en termes techniques (nombre de liens possibles entre interlocuteurs, types de connexion, équipements etc.) et pédagogiques/scientifiques (cours à distance, échanges entre pairs, visites virtuelles, projets collaboratifs, interventions aux colloques internationaux etc.).

Le Café littéraire est une activité culturelle ouverte à tous les étudiants des facultés socio-humaines. C’est le public choisit le sujet littéraire à discuter. La séance est animée soit par un enseignant soit par un apprenant. Le public échange des idées sur la littérature, l’activité et la vie des écrivains, écoute des extraits de livres lus ou bien des fragments audio, partage et enrichit ses connaissances. L’activité a le but de stimuler la prise de parole, l’esprit de dialogue et le débat entre les participants, mais aussi de maintenir l’intérêt et la motivation des jeunes pour les lectures francophones. Cette pratique est organisée une fois par mois et stimule l’expression orale, la culture littéraire et le flair de la langue. L’esprit des cafés littéraires est de mettre en valeur les interventions des étudiants et de les faire aller un peu plus loin dans leurs réflexions. Le rôle de l’animateur est d’écouter et de mettre en relation les idées des jeunes, de souligner les contrastes et d’inciter à interagir. Il veille aussi à la qualité critique des arguments et à une prise de parole équitable. Les cafés littéraires se déroulent de différentes manières: présentation du sujet, lecture et exégèse des textes, commentaire des aphorismes ou assertions, discussions, remue-méninges, synthèse finale etc. En fin d’année, les participants les plus actifs reçoivent des prix sous forme de dictionnaires et d’œuvres littéraires, offerts par l’AUF.

Le Café Erudition englobe des activités de différents domaines avec la participation des étudiants de toutes les facultés de l’ULIM, ainsi que des autres universités membres de l’AUF. Pour la quatrième année consécutive, les étudiants et les professeurs francophones se donnent rendez-vous dans le cadre de plusieurs activités du Café Erudition : concours de civilisation, de traduction et d’écriture; questions pour un champion, jeux de société, tournage des courts-métrages. Certains événements ont été organisé en partenariat avec les CRUs de l’Université d’Etat de Moldavie et de l’Université «Alecu Russo» de Balti. Les participants les plus actifs au Café Erudition reçoivent des prix de la part de l’AUF: livres, agendas, clés USB, écouteurs, casques-micros, souris pour ordinateur, sacs etc.

Le Café cinéma consiste en l’organisation des soirées réunissant des étudiants de différentes facultés, voire des lycéens, afin de visionner des films francophones et approfondir les connaissances du français parlé. Toutes les deux semaines les animateurs du CRU proposent trois films. Les étudiants intéressés à y participer ont la possibilité de choisir le film préféré, par un simple vote sur le site ou la page Facebook du centre. Les séances du Café cinéma s’adressent à tous ceux qui veulent apprendre ou perfectionner la langue française d’une manière plus ludique. Les séances sont suivies de débats sur le sujet du film, de tables rondes autour de l’univers visuel, graphique et musical d’un réalisateur ou d’une personnalité du cinéma ou bien de concours de critique cinématographique.

Les points forts du CRU de l’ULIM:

  • l’intérêt élevé de la part des étudiants de la Faculté des Lettres;
  • la mise à disposition de l’équipement technique nécessaire pour le déroulement des activités;
  • la bonne collaboration entre le CRU et d’autres départements institutionnels (surtout avec le Département de philologie romane et la Filière francophone «Gestion et administration des entreprises»);
  • la collaboration avec les CRUs de la région (Université d’Etat de Moldavie, Université «Alecu Russo» de Balti, Université Technique, Université Agraire et Université Linguistique d’Etat V. Brioussov d’Erévan);
  • la tenue de certaines activités complémentaires destinées à améliorer le niveau de français des étudiants;
  • la possibilité d’encourager et de motiver les autres à apprendre la langue française et à connaître la culture francophone etc.

Les points faibles :

  • l’intérêt moins élevé de la part des étudiants non-philologues;
  • l’emploi du temps surchargé des responsables du CRU;
  • l’emploi du temps surchargé de certains professeurs qui pourraient mener des activités dans le CRU;
  • les contraintes dans l’organisation des actions communes avec des CRUs des universités de l’étranger à cause des emplois du temps différents ou de la superposition d’autres activités (extra)curriculaires.

Exemples de bonnes pratiques à suivre par d’autres CRUs de la région:

  • déroulement de cours en français, dispensés par des professeurs de France ou d’autres pays francophones, (co)financés par l’ULIM;
  • conférences soutenues par des chercheurs francophones via le système de visioconférence;
  • organisation des activités scientifiques et culturelles en collaboration avec d’autres CRU de la région ECO;
  • rencontres des diplômés francophones de l’ULIM;
  • publication et diffusion du Bulletin informatif (à mettre en application à partir de 2016).

Parmi les personnalités francophones notoires qui ont visité le CRU de l’ULIM à de différentes occasions, citons:

  • Jean-Louis Courriol, professeur à l’Université «Jean-Moulin» Lyon III de France, professeur associé à l’Université de Pitesti de Roumanie, Président de l’Institut «Liviu Rebreanu» de Recherches en traduction littéraire et simultanée, qui a dispensé une conférence publique consacrée à la traduction littéraire, le 21 octobre 2013.
  • Son Excellence M. Pascal Vagogne, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de France en République de Moldavie, qui a dispensé une conférence publique intitulée «La France – puissance d’influence: des réformes au service de la croissance, des industries culturelles et de la transition énergétique», le 21 novembre 2014.
  • Philippe Loubière, dr., traducteur et journaliste, professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, France, qui a délivré un cycle de conférences publiques sur la traduction littéraire, les 30-31 mars 2015.
  • Yves Montenay, Professeur, Président de l’Institut Culture, Economie et Géopolitique (ICEG) de Paris, France, qui a discuté avec la communauté académique sur son livre «La langue française: une arme d’équilibre de la mondialisation», le 31 mars 2015.
  • Mme Maria Niculescu, Directrice de l’Ecole Supérieure de la Francophonie pour l’Administration et le Management (ESFAM) de Sofia, qui a présenté aux étudiants de l’ULIM les procédures d’inscription eux études de master et l’offre éducative de l’école francophone de Bulgarie, le 22 avril 2015.
  • Jérémie Petit, premier conseiller à l’Ambassade de France en République de Moldavie, qui a visité l’ULIM à l’occasion du 110-ième anniversaire de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, le 09 décembre 2015.
  • Yves Heugédé, Université de Toulouse, France, qui a tenu un cours d’histoire et civilisation de la France pour les étudiants de la Faculté des Lettres (section de philologie française) dans la période 20 octobre – 24 décembre 2015.

Depuis peu le BECO a lancé la plate-forme des CRUs (http://revues-eco.refer.org/CRU/), un espace collaboratif en ligne où sont illustrées les activités organisées par les 44 centres de la région. Grâce à cette plateforme les responsables ont la possibilité d’échanger leur expérience et des exemples de bonnes pratiques en matière de gestion d’un CRU.

En guise de conclusion, je voudrais mentionner que la Francophonie a créé un grand projet qui se veut exemplaire pour l’humanité, celui d’une amitié sans faille, une amitié au sens de partage des idéaux communs et développement des valeurs sacrées dans le rude combat pour l’avenir du français et la diversité culturelle. Les CRUs en sont une preuve pertinente et constitue un réseau exceptionnel qui fait la force de la francophonie.

 

Pour plus de détails veuillez bien consulter les sites suivants:

AUF, https://www.auf.org/

Plateforme des CRUs, http://revues-eco.refer.org/CRU

Page web du CRU de l’ULIM, http://cru.ulim.md

Page Facebook du CRU, https://www.facebook.com/cruulim/

Blog Ghenadie Râbacov, http://gribacov.ulim.md

 

Article publié dans «Acta Didactica». Chișinău: ULIM, 2015.

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